IRL et Radium Girls : Des BDs pour dénoncer

A mes yeux, le format BD se prête extrêmement bien à un propos engagé : c’est beaucoup plus facile à lire qu’un essai, et on peut mêler de jolis dessins à un propos sérieux. La plupart des autobiographies que je lis sont sous forme de bande-dessinée ! Ici, je compte vous parler de deux bande-dessinées au message engagé : IRL – Dans La Vraie Vie et Radium Girls.

personne en chemise rose et pantalon à pince lisant IRL – Dans la Vraie Vie de Cory Doctorow & Jen Wang devant une aire de jeu
IRL – Dans la Vraie Vie de Cory Doctorow & Jen Wang

J’ai emprunté IRL – Dans la Vraie Vie de Cory Doctorow & Jen Wang plus par principe qu’autre chose : j’ai adoré Le Prince et la Couturière et bien aimé La Tête dans les Etoiles de Jen Wang… je ne m’attendais pas à particulièrement aimer IRL – Dans la Vraie Vie car cette bande-dessinée me paraissait vieille et le synopsis ne me tentait pas plus que ça, mais je voulais avoir lu toutes les œuvres de Jen Wang !

En l’ouvrant, j’ai été déroutée : je me suis retrouvée face à une introduction, comme si le livre était un roman – illustré – et non une BD. J’ai vite feuilleté, et c’était bien une BD, juste avec quelques pages d’introduction où Cory Doctorow explique leur objectif : parler de l’économie des jeux vidéo. Ça, pour le coup, ça m’a intriguée !

L’histoire est fluide et ludique : une collégienne, Anda, s’inscrit dans la guilde féminine d’un jeu en ligne, et se retrouve à lutter contre les Gold Farmer, joueurs qui obtiennent de l’or « ludique » et le revendent pour de l’argent réel… jusqu’à ce qu’elle se lie d’amitié avec l’un d’eux, Raymond, et comprend que la réalité n’est pas si simple.

A travers ses aventures, on aborde de nombreux enjeux sociétaux : le rejet des femmes dans le monde des jeux vidéo, la peur des parents qui préfèrent interdire plutôt que comprendre et guider, les opportunités de sociabilité et de cohésion qu’offrent les jeux en ligne, mais surtout leur aspect capitaliste. On constate tout d’abord que les Gold Farmer permettent à des joueur·ses débutant·es – mais riches – de dépasser d’excellent·es joueur·ses n’ayant pas les moyens… une injustice contre laquelle Anda s’efforce de lutter en tuant les avatars des Gold !

Mais elle rencontre Raymond, un ado passionné de jeux vidéo qui, obligé de travailler pour subvenir à ses besoins, a préféré jouer en étant rémunéré plutôt que l’usine : il est devenu Gold Farmer… et son entreprise exploite ses employé·es dans des conditions déplorables.

Anda s’insurge, et c’est l’occasion pour IRL – Dans la Vraie Vie d’aborder la posture d’allié·e : bien sûr, Anda veut bien faire, mais les conséquences de ses actions, ce n’est pas elle qui les subira, c’est Raymond ! Une position bien confortable…

J’ai trouvé les dessins un peu trop simples, et je n’ai pas du tout aimé les couleurs, mais le trait de Jen Wang rend les personnages mignons, expressifs et attachants, c’est l’essentiel !

IRL – Dans la Vraie Vie a été une excellente surprise : je ne m’attendais pas à autant de profondeur sous couvert d’une aventure jeunesse prenante. J’aime vraiment ce genre d’œuvres qui mêle profondeur et abord ludique ! On se détend, tout en étant poussé à la réflexion.

personne en long manteau noir lisant Radium Girls de Cy devant un mur troué
Radium Girls de Cy.

Deux de mes cercles sociaux se sont rencontrés : je connaissais l’autrice, Cy., par le biais d’un·e ami·e queer et militant, mais c’est une amie de mes études qui m’a conseillé sa dernière BD, Radium Girls, qui se penche sur les employées qui travaillaient avec du radium, début 1900 aux Etats-Unis.

Pour une œuvre s’attaquant à un récit tragique de lutte contre la maltraitance des employé·es, le scénario est original : on y suit le quotidien de ces employées qui deviennent amies. Maintenant que je connais l’histoire globale, je sais que, classiquement, c’est le genre de récit qui se serait centré sur le procès qu’elles entament à l’encontre de leur entreprise. Mais Radium Girls n’y consacre que quelques pages à la fin. A la place, on les voit aller en soirée, se disputer, faire une sortie à la plage. L’une d’entre elles tombe malade, meurt. Elles se voient toujours, s’interrogent, sont tristes, continuent de profiter de la vie et de leur amitié. Une autre tombe malade, meurt.

C’est percutant. Parfois, la mort n’est pas annoncée directement, on a juste une grande page avec le dessin du personnage, et on sait. Elles vont toutes de plus en plus mal, et elles commencent à comprendre qu’on leur a menti. On leur assenait qu’il n’y avait pas de danger à travailler le radium, que c’était bon pour la santé. La technique préconisée, pour leur travail, est de mouiller le pinceau qu’elles utilisent avec leur salive, puis de peindre le radium, puis de remouiller : elles en ingèrent ainsi à longueur de journée.

On se doute de cette tragédie, puisqu’on connait aujourd’hui la toxicité du radium. Et du coup, j’ai vraiment apprécié que la bande-dessinée s’intéresse à elles, à leur quotidien, plutôt que d’avoir un scénario avec plus de suspense qui serait tourné sur le procès. C’est horrible, tragique et touchant, plus humain, aussi. On apprend à les aimer.

Mon seul reproche, c’est que le dessin les rend assez difficiles à distinguer. Je les confondais presque toutes, et c’était plus dur de les aimer individuellement. J’appréciais surtout leur groupe !

Radium Girls est une bande-dessinée informative qui nous prend par les émotions en s’intéressant au quotidien de femmes condamnées à mourir à cause de leur employeur. Petit bonus sympathique : la couverture brille dans le noir !

couverture de IRL – Dans la Vraie Vie de Cory Doctorow & Jen Wangcouverture de Radium Girls de Cy.

J’ai beaucoup aimé ces deux bandes-dessinées. Elles sont très différentes : IRL – Dans la Vraie Vie est une aventure jeunesse, tandis que Radium Girl est un récit tragique basé sur la réalité. Mais elles m’ont toutes les deux appris quelque chose, et je me suis insurgée contre ce qui était dénoncé !

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