TEP BookClub : La Parabole du Semeur et des Talents

d’Octavia Butler

personne en jaune pâle lesant La Parabole du Semeur dans une cave

Ça faisait longtemps que j’avais très envie de lire d’autres romans d’Octavia Butler, mais que je n’osais pas : la traduction allemande de Kindred avait placé la barre très haut et j’avais peur d’être déçue par toutes les autres.

Mais pour le thème Femmes & Anarchisme du TEPBookClub de mars, on m’a conseillé de lire La Parabole du Semeur, et ça m’a décidée. J’ai commencé à le lire dans le train de retour chez mes parents, après avoir fini Wayward Son.

J’ai eu le temps de découvrir que l’histoire commençait en 2024, dans un quartier américain protégé par des murs : à l’extérieur, pillard·es et incendiaires attaquent ce qu’iels peuvent. Inutile de préciser que c’était sombre, non ? Or, j’avais lu énormément de SF sombre dans les semaines qui avaient précédé, et je n’avais pas envie de ça. J’ai passé le reste du trajet à somnoler.

J’ai repris ma lecture durant les temps de chargement de Civilization 5. La narratrice s’appelle Lauren, fille d’un pasteur noir. Sauf qu’elle croit en une autre religion, Semence de la Terre, qu’elle a découverte elle-même : Dieu est Changement. Au fil de son journal intime qu’elle commence à douze ans, on suit ses réflexions, et comment elle en vient à établir les vérités et buts de Semence de la Terre. Très pragmatique, elle comprend que son quartier ne résistera pas éternellement, et prépare son départ.

J’ai retrouvé le style d’Octavia Butler : bien qu’elle ne parle pas directement de racisme ou de sexisme, il est mis en valeur tout au long de l’histoire, et si quelqu’un veut comprendre l’intersectionnalité, je pense que ce livre l’illustre très bien.

Je n’ai commencé à accrocher qu’à partir du tiers, lorsque Lauren est obligée de fuir le quartier. Elle part vers le Nord, et, au fil de son périple, rencontre des personnes qu’elle va aider, et qui vont l’aider en retour. Avant, je ne voyais pas bien où allait le livre, et l’enfermement de Lauren était frustrant. Là, on rencontre de nombreux personnages, qui se battent contre des pillard·es, qui apprennent à se faire confiance. Et c’est très agréable, dans un monde aussi horrible et dévasté, de voir la bonté de certaines personnes.

personne en noir lisant la Parabole des Talents devant un massif de fleurs jaunes

La fin est arrivée un peu comme un choc : je ne m’attendais pas à ce qu’il y ait un tome 2 ! Et, avec le confinement, difficile d’acheter la version papier de La Parabole des Talents. Pour des raisons de coût, j’ai pris un epub anglais, pas très convaincue.

Finalement, la langue n’a pas trop été un problème, même si je ne comprenais pas tout. En revanche, qu’est-ce que le début est long et répétitif ! La narration est partagée entre Lauren et sa fille, sauf que sa fille répète beaucoup ce qu’on a déjà lu, c’était très lassant.

Et je savais qu’il allait se passer quelque chose d’horrible. Dans le tome 1, ça allait, parce que je voulais que les choses changent. Pas là. Lauren vit dans une communauté s’appuyant sur les principes anarchistes : égalité et empathie. C’est une vie dure, mais agréable, et on s’attache aux différent·es membres de la communauté, on voit les nouvelleaux venu·es reprendre espoir. Et forcément, pour qu’il y ait une histoire, il faut que ça tourne mal, pour qu’il y ait un peu de suspense… Je redoutais tellement cet évènement que je pressentais que j’ai lu deux phrases à la fin pour me rassurer… Ça a un peu marché, et en même temps, j’éprouvais encore plus d’appréhension.

J’avais raison. Et c’était horrible. Vraiment horrible. Comme dans Dôme – que je considère comme le livre le plus horrible que j’aie jamais lu – j’avais envie de lire la suite parce que c’était passionnant, et en même temps, je n’en avais pas du tout envie, car je savais qu’elle me ferait souffrir.

Ce qui m’a vraiment fait plaisir au milieu de toute cette misère a été la soudaine augmentation du nombre de personnages LGBTI+. Surtout que j’associais Octavia Butler à ma première expérience de militantisme littéraire queer, alors c’était satisfaisant qu’il y ait des personnages qui le soient. Et c’était bien fait, très spontanée. La narratrice crushe sur une femme, on sait qu’un des personnages importants est gay, et il y a un couple f/f secondaire.

La fin de l’histoire était satisfaisante, et je me suis empressée de lire des analyses sur la dimension anarchiste de ce roman. Il faut savoir que, même si l’anarchisme est un courant dans lequel je me reconnais, à part les explications de mes ami·es et celles du Chat Noir, je n’en savais pas grand-chose.

Comme je l’avais perçu, il met en avant la compassion et l’entraide, en tant que valeurs anarchistes, comme le socle d’une société égalitaire, et nous présente un modèle de communauté. Le seul défaut de Lauren, comme le souligne sa fille, est de ne pas décrocher de son rêve d’enfant de s’implanter sur une autre planète, plutôt que d’améliorer la vie sur Terre. Ce qui me fait un peu penser à Les Dépossédés d’Ursula le Guin, autre roman anarchiste que j’ai commencé pour ce Book Club – et abandonné car même si c’était intéressant, ce n’était pas passionnant. Là, les anarchistes ont été obligé·es de s’exiler sur un satellite, et le cœur de l’histoire est d’y remédier.

Je me suis également résignée à lire un peu de non-fiction pour ce Book Club, sous la forme de fanzines, ce qui m’a permis d’en savoir un peu plus. Je me suis fait plaisir en dévorant Une Autobiographie Transsexuelle (avec des Vampires) de Lizzie Crowdagger. Dans les mois qui viennent, je compte bien lire Comment je suis devenue Anarchiste d’Isabelle Attard, car Lecture & Cocooning en a fait une chronique géniale.

TW : viols, meurtres, esclavage, torture

logo challenge imaginaire
Lu pour le Challenge de l’imaginaire

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *