Iron Widow de Xiran Jay Zhao

personne en rouge et noir lisant Iron Widow de Xiran Jay Zhao devant un feu de cheminée

J’ai découvert la chaîne Youtube de Xiran Jay Zhao alors que je ne regardais que du contenu Avatar The Last Airbender, et j’ai adoré ses vidéos analysant les influences culturelles de cette série. Lorsqu’iel 1 a évoqué la publication de son roman Iron Widow, j’avais très envie de le lire, même si la description « Pacific Rim meets The Handmaid Tale » ne me disait rien − je ne connais aucune des deux œuvres. La traduction française était prévue alors j’ai patienté jusqu’à sa publication.

Et… le prologue m’a vraiment déçue. Il est très technique, avec la description des envahisseurs extraterrestres Hunduns, et des gigantesques méchas utilisés par Huaxia pour les combattre. Un pilote et une concubine-pilote les dirigent grâce à leur qi, et celui de la concubine-pilote est absorbé par le pilote, ce qui la tue. C’est beaucoup d’informations d’un coup, et on ne ressent pas grand-chose.

Heureusement, dès le premier chapitre, ça s’améliore : cette fois, c’est écrit à la première personne de manière très dynamique, et Zetian, la narratrice, est à la fois enthousiasmante et attachante. Elle décide de s’engager en tant que concubine-pilote afin d’assassiner celui qui a tué sa sœur. En rencontrant le pilote en question, charmant et troublant, j’ai redouté que comme beaucoup de romans YA, ça vire à la romance. J’ai lu le résumé qui m’a rassurée : en fait, elle le tue au bout de quelques chapitres. La scène est réjouissante dans sa violence et m’a fait adorer Zetian ! Elle se distingue vraiment de toutes les héroïnes qui tergiversent éthiquement pendant 300 pages : elle a décidé quelque chose ; elle le fait – et elle n’éprouvera jamais le moindre remords.

Suite à ça, elle se retrouve en duo avec un pilote ayant lui aussi un passé d’assassin, Li Shimin. Toustes deux sont forcé·es de combattre pour l’armée sous peine d’être exécuté·es. J’ai beaucoup aimé leurs interactions et leur compatibilité naissante : iels semblent mutuellement impressionné·es par leur détermination meurtrière respective.

« – Tu devras veiller à ce qu’il ne fasse pas mauvais usage de ses lunettes, cette fois, intervient Sima Yi.

Je ricane.

– Comment peut-on faire mauvais usage d’une paire de lunettes ?

– Eh bien, répond le Stratège, en cassant les verres, en aiguisant le plus gros éclat sur le plancher de sa cellule, en le planquant dans son collier et en essayant de trancher la gorge d’un soldat avec, par exemple.

Il secoue la tête.

– N’aie pas l’air aussi impressionnée ! me reproche le Stratège. »

Zetian est rejointe par son ami d’enfance, Yizhi, dont elle est amoureuse. On comprend vite que le triangle amoureux se résoudra par un trouple polyamoureux, ce qui m’a bien entendu ravie. Le crush de Yizhi sur Shimin est très très mignon !

couverture de Iron Widow de Xiran Jay Zhao

L’histoire n’y va pas avec le dos de la cuillère sur son thème : on est dans une société très sexiste, où les femmes ont peu de choix et sont sacrifiées à la gloire des hommes. Alors que ce genre d’univers a tendance à m’agacer – pourquoi imaginer un autre sexisme quand il y a déjà tant à dénoncer dans notre société actuelle ? – j’ai trouvé que le sujet était plutôt nuancé et traité justement. On voit diverses facettes de ce sexisme : les mères qui transmettent les injonctions à leurs filles, les violences physiques, les violences sous-entendues, la vision des femmes dans les médias, les interdictions légales, la propagande… Beaucoup de situations trouvent leur écho de nos jours ! D’ailleurs, il y a un plot twist que j’ai initialement trouvé exagéré, peut-être parce que l’écriture faisait tout pour que la révélation paraisse extraordinaire. Mais en y réfléchissant, je me suis rendu compte que des pratiques sexistes similaires avaient lieu actuellement en France.

Cependant, c’est un roman qui échoue à montrer de la solidarité féminine, et souffre de cette idée que pour valoir quelque chose en tant que femme, il faut le prouver. On évoque beaucoup le sort des femmes au qi supérieur à celui des hommes, en revanche, les femmes au qi faible ne sont pas considérées. Les critères de jugement de la valeur d’une femme semblent être « à quel point est-elle virile ? », alors que la féminité a sa valeur aussi… J’aurais aimé que des personnages secondaires le reflètent, mais ceux-ci manquent de profondeur.

Au-delà du sexisme, Iron Widow traite de santé mentale et de guerre. Le premier sujet était un peu bancal, surtout sur l’alcoolisme. Le problème de l’alcool en tant que lien social est clairement dénoncé, et le trauma de Zetian concernant les mecs ivres plutôt bien fait, cependant, on donne au personnage alcoolique une « excuse », comme si c’était nécessaire pour éprouver de la compréhension. Je trouvais sa situation tout à fait acceptable sans cette explication !

Alors qu’on est dans un roman d’action simple, on va au-delà d’ennemis maléfiques qu’on peut tuer à foison : depuis le début, certains aspects de la guerre contre les Hunduns m’avaient dérangée, et j’avais espéré un plot twist… qui a bel et bien lieu ! Et qui ouvre le roman sur une suite ! Je l’attends avec impatience, même si ce tome peut être lu de manière indépendante. J’ai aussi été contrariée par le traitement de l’alcoolisme.

Si je dois juger objectivement la qualité d’Iron Widow, c’est un très bon roman, à qui il manque toutefois pas mal de subtilité pour être excellent. Les ellipses, quoi que nécessaires, sont également très brutales et auraient mérité davantage de phrases de transition. On coupe beaucoup de développements émotionnels ! Mais c’est aussi grâce à ce rythme effréné que je l’ai lu d’une traite, avec passion, et j’ai passé un moment absolument génial avec Zetian.

Avertissements : misogynie & féminicide, alcoolisme, abus physique et émotionnel, sang, violence, combats, meurtre, torture, mention de viol, idéation de suicide


1 A noter d’ailleurs que la traduction VF mégenre l’auteurice dans l’introduction et les remerciements, mais læ genre correctement dans la présentation sur la 4e de couverture. Relire le livre qu’on publie, c’est utile, vous savez.

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