De Polyamour et d’eau Fraiche de C. Kalkair, E. Hebert & ‎C. Rodríguez

personne en t-shirt avec le slogan Alone isn't Lonely lisant De Polyamour et d'Eau Fraiche devant une cascade

Honnêtement, quand j’ai vu la bande-dessinée De Polyamour Et d’Eau Fraiche dans les rayonnages d’une librairie, j’ai pensé que je ne l’aimerais pas. Ce n’est pas une fiction, et le résumé présentait un trouple composé d’un homme et de deux femmes, ce qui n’était vraiment pas la représentation que je recherchais : certains trouples sont mignons, c’est sûr, mais moi, ce qui m’intéresse, c’est la non-exclusivité, alors voir une relation qui est « comme un couple mono, mais à trois », c’est pas tellement ma tasse de thé. En plus, le vécu polyamoureux des hommes hétéro est très différent de celui des personnes queer…

Mais ça faisait plus de six mois que je n’arrivais pas à lire des histoires autres que polyamoureuses, que je trouvais toutes les relations littéraires exclusives frustrantes voir blessantes… vu le manque global de représentation polyA, je ne lisais presque plus que des fanfics. Alors un livre publié, en français qui plus est ? Je devais le lire.

La bibliothèque LGBTI+ de m’a ville l’a acheté, et, en tant que bénévole, je l’ai enregistré, et en ai profité pour l’emprunter. J’ai eu une excellente surprise dès que j’ai commencé à le lire : en fait, Cookie, Tina et Elsa ne forment pas du tout un trouple exclusif ! Iels ont de multiples autres partenaires.

Le format est très dynamique, chaque double page correspond à une question que cette triade a reçu sur internet : la page de gauche donne une réponse rédigée, et la page de droite une courte BD humoristique qui y répond aussi.

question 8

Un peu comme pour Ask Me About Polyamory, cette BD m’a fait penser à mes propres relations. La communication, le respect des autres, les ajustements qu’on cherche, les déséquilibres… Cependant, comme plusieurs années ont passé entre ma lecture de ces deux bandes-dessinées, De Polyamour et d’eau Fraiche m’a apporté moins d’informations : les explications, j’aurais pour la plupart pu les donner moi-même. Ce sont des réponses que j’ai trouvées par l’expérience entretemps.

Ce qui était génial pour moi, c’était de voir l’expérience personnelle d’autres gens, de me reconnaitre – ou pas – dans leur vécu et de me sentir un peu moins seule. C’est vrai que j’ai beaucoup de personnes polyA autour de moi, mais voir une œuvre publiée – et donc approuvée par les éditions, les librairies, le public – ça fait toujours beaucoup de bien. Et puis, ça aidera d’autres personnes à mieux comprendre…

Tina et Elsa étant des femmes bi, la BD parle des différences selon le genre et l’orientation sexuelle. Notamment, les stéréotypes et difficultés auxquelles Cookie fait face ne sont pas les mêmes. Lui-même témoigne – ce que j’ai beaucoup apprécié – de la nécessité de déconstruire ses biais sexistes. Notamment, s’il n’avait aucun mal à voir ses copines avoir des partenaires femmes, il se sentait beaucoup plus menacé par d’autres hommes.

Toutefois, ces trois personnes ne peuvent pas représenter tout le monde, et leur réalité est assez loin de celle que je vis. Par exemple, bien qu’iels évoquent le fait que la ressource compliquée soit le temps et l’énergie de chacun·e, iels n’évoquent pas les inégalités de temps et d’énergie drastique… je pense par exemple à une personne handi qui n’aurait peut-être qu’une heure par jour à consacrer à des relations, et qui, entre ami·es, famille et partenaires, n’aurait pas les mêmes possibilités que d’autres. Il y a des ajustements à trouver pour que quelqu’un qui ait plus de temps ne se sente pas négligé, et que la personne qui en a moins ne se sente pas insuffisante.

Mes propres relations sont aussi très différentes des leurs puisque je suis aromantique et asexuelle, et que je n’ai donc pas les mêmes définitions de ce qu’est une relation importante. J’ai cependant apprécié le fait qu’iels valorisent leurs amitiés, et que dans la liste de leur modes de relations polyA, iels listent « romantique, intime, et/ou sexuelle » : déjà, ça rappelle qu’une relation romantique n’est pas forcément sexuelle, et ça sous-entend l’existence d’une relation intense qui ne serait ni romantique, ni sexuelle. En revanche, le fait que pour elleux, une personne qui ne soit ni en couple, ni dans des relations polyA, c’est une personne « seul·e », je n’ai pas trouvé ça extraordinaire comme choix de mot. Même si iels valorisent ce mode de vie, ce vocabulaire indique que si on n’a pas de partenaire, mais des ami·es, les ami·es ne comptent pas, on est « seul·e ».

question 11

Si les pages de témoignages personnels m’ont beaucoup plu, j’ai moins aimé toutes celles qui concernaient le vocabulaire. Les auteurices soulignent bien qu’il n’est pas du tout nécessaire de connaître les termes − on peut vivre quelque chose sans le nommer ! – mais qu’ils peuvent être utiles pour réfléchir. Je suis d’accord, et je comprends qu’iels passent du temps à expliquer différents concepts, mais dès que ça sortait de leur vécu, ça paraissait… superficiel. C’était une définition, certes sous une forme sympa avec une petite BD, mais c’était trop rapide et général pour que je ressente une connexion particulière – même quand une définition correspondait mieux à mon vécu !

Quelques jours après avoir fini De Polyamour et d’eau Fraiche, une amie me l’a conseillé ! Elle le décrivait comme « intéressant pour quelqu’un qui découvre, mais n’apporte pas beaucoup d’informations à quelqu’un qui le vit », et je trouve que c’est une excellente description.

Ça fait du bien de lire un autre vécu, et ça m’a donné envie d’écrire ma propre BD autobiographique pour apporter une autre vision… c’est un multipliant les récits d’expérience qu’on fournira une idée variée de ce que peut être le polyamour !

 

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