Sorcières

de Mona Chollet

personne lisant Sorcières dans la forêt

Près de l’automate pour emprunter de ma bibli se trouve un piédestal. Dessus, un livre, et l’écriteau : « une dernière envie ? ». En rendant mes livres, j’ai eu plutôt une première envie en voyant Sorcières : je me souvenais en avoir entendu parler – quoique pas en quels termes. Lorsque je l’ai pris et que la bibliothécaire m’a dit l’avoir beaucoup aimé, je lui ai confié mes craintes au sujet des essais : que ce soit obscur, que l’auteurice cherche à nous prouver son intelligence supérieure en écrivant de la manière la plus alambiquée et froide possible. Elle m’a rassurée : le style serait fluide et le texte prenant.

Et, en effet, je n’ai eu aucun mal à entrer dans ce livre. L’intro traite de la chasse aux sorcières – qui n’a pas eu lieu dans l’ « obscurantisme » du Moyen-Âge comme on aime le croire, mais à la Renaissance. Qui n’était pas le fait de l’Inquisition ou de paysans armés de fourches, mais des classes sup de l’époque. Avec une logique de génocide – dans certains villages, toutes les femmes ont été tuées – les hommes souhaitant détruire l’indépendance féminine. Mona Chollet développe ensuite, en quatre parties, les conséquences sur la société moderne, en regardant quels aspects de la féminité sont associés aux sorcières et diabolisés.

En partie 1, elle nous parle de mariage, qui permet de garder une femme sous le contrôle d’un homme, et je n’ai pas appris grand-chose : entre les BDs d’Emma et Les Sentiments du Prince Charles, je savais déjà que le mariage créait une situation d’exploitation, et à quel point les femmes célibataires étaient pointées du doigt dans les médias, pour les culpabiliser. Dans l’ensemble, il suffit d’envisager le célibat à long terme pour se rendre compte de la pression sociale exercée par l’injonction au couple. Mais c’était intéressant de voir ces idées organisées, détaillées, soutenues par des études.
En partie 2, elle parle du désir d’enfant. Enfant qui, au vu de la répartition des tâches dans un couple hétéro, signifie la fin de la liberté pour la femme. C’est la raison pour laquelle les femmes qui ne souhaitent pas d’enfants sont vues comme monstrueuses, contre-nature. Là aussi, pas grand-chose de nouveau pour moi.

La partie 3 était plus nouvelle à mes yeux : elle traite de l’âgisme, et plus spécifiquement de l’injonction à la jeunesse féminine. J’avais conscience que la vieillesse féminine était érigée en repoussoir, mais sans plus, et Mona Chollet propose une analyse approfondie du double standard sur la vieillesse masculine et féminine et de ses conséquences.

La toute dernière partie sert aussi de conclusion, puisqu’elle balaie différentes idées. La médecine et sa violence envers les femmes – Martin Winckler, dont je connais l’excellent Le Chœur des Femmes, est beaucoup cité – les critères d’intelligence qui mettent en avant les qualités dites masculines, et le fonctionnement de la société en général.

Au cours de cet essai, Mona Chollet se veut intersectionnelle et analyse ses différentes idées par le prisme de la race et de l’orientation sexuelle : en effet, les injonctions et les diabolisations, quoique portant sur le même thème, s’exercent différemment.

C’était une lecture facile, prenante et instructive, et je pense à présent la recommander à la place de Les Sentiments du Prince Charles. Même si les BDs font souvent plus envie que les essais, un livre donne l’espace à des explications plus douces, qui brusqueront moins une lectrice en couple épanoui avec des enfants. Car bien que j’adore Les Sentiments du Prince Charles, son ironie mordante peut être vue comme une attaque, là où Mona Chollet s’attache à ne s’en prendre qu’à la société et à celles qui perpétuent sus injonctions, et non à celles qui s’en accommodent et vivent heureuses en couple.

 

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